Balades

Balade dans le quartier soudanais de Paris

21 novembre 2019

PARIS 18ème – Entre La Chapelle et Marx Dormoy, trois rues forment un triangle qui rassemble en un mini-quartier la diaspora soudanaise. Yasser, originaire du Darfour est « Passeur de cultures » à l’association Bastina, c’est lui qui nous guide durant notre balade découverte dans le « Little Soudan ».

Inscrites sur le site Explore Paris pour cette visite intitulée « Makada, balade au coeur du Soudan à l’Est de Paris », nous sommes 8 personnes à être accueillies par notre guide Yasser. C’est un jeune soudanais, grand et souriant, d’origine masalit. Arrivé à Paris il y a deux ans, le récit de son parcours personnel est une histoire tressée de difficultés, mais aussi d’entraides. D’ailleurs, beaucoup de français l’ayant aidé lors de son arrivée, Yasser nous dit être content de pouvoir faire découvrir son quartier et par là un peu de sa culture.

Dans ce triangle, on compte cinq restaurants soudanais, deux épiceries, un coiffeur, nombreux taxiphones et un café.

La balade urbaine démarre par la rue Philippe de Gérard et notre premier arrêt est un salon de coiffure : Mix Magic. Là, une dizaine de têtes masculines se fait couper les cheveux, tandis que dans la boutique attenante, on trouve de quoi acheter du parfum, des produits de beauté et des bracelets.

Depuis 2010, la rue Philippe de Girard et la rue Pajol sont un point de rendez-vous pour les réfugiés Soudanais. « Quand on arrive à La Chapelle, on sait qu’on va être conseillé par une association, orienté par un compagnon de route ou aidé par un commerçant. » précise l’ami de Yasser.

A deux pas de la mosquée s’est implantée la toute dernière adresse soudanaise : « La maison du Soudan », un café-restaurant. Nous y rencontrons Saba, une jeune femme qui nous fait goûter un zalabia (beignet sucré) et propose un café soudanais à ceux qui le souhaitent.

« Les Soudanais, même logés loin de Paris, viennent faire leurs courses plusieurs fois par semaine à l’épicerie. L’occasion de se croiser et de prendre des nouvelles. »

Au N°64 de la rue Philippe de Girard, nous rentrons chez l’épicier, M. Arbab. Un homme tout sourire qui aide volontiers les autres, compatriotes ou non. Cette épicerie « c’est un peu l’épicentre du quartier soudanais » indique Yasser. On y observe un défilé incessant : les uns viennent acheter des provisions, les autres demandent des conseils pour leurs démarches administratives. Yasser nous précise que beaucoup de Soudanais ne parlent pas le français car l’arabe est la langue officielle du pays. Il existe un arabe dialectal largement parlé au Soudan et nombreuses langues régionales (four, mabane, komane, kardofan, beja…). Lui même parle cinq langues, sans compter le français qu’il considère ne pas encore parfaitement maitriser.

Au milieu de l’épicerie, Yasser et son collègue, nous présentent la kisra, une galette fermentée très populaire qui ressemble beaucoup à l’injera éthiopienne. Nous découvrons le jebanapot traditionnel qui sert à la préparation du café, on hume une poudre noire qui dérange quelque peu nos narines (une odeur très prenante dont le nom m’échappe) puis Yasser nous explique la recette du fool : le plat populaire de fèves qui se déguste avec du fromage au petit-déjeuner.

« Il y a une bonne entraide dans le quartier, les immigrés conseillent les réfugiés et les habitants de Marx-Dormoy nous aident beaucoup. »

Au croisement de la Rue Pajol et de la rue Philippe de Girard, une sandwicherie et deux boui-bouis soudanais se font face. C’est convivial, on vient pour manger ensemble et chacun prend et donne des nouvelles du pays. Sur cette place sans nom, Yasser nous explique qu’il est fréquent de voir des associations donner à manger aux réfugiés. « On est jamais seul en venant ici » assure Yasser.

Nous poursuivons notre visite vers les jardins d’Eole. En 2016 se trouvait un campement de fortune où plus de 800 personnes – Soudanais, Somaliens, Erythréens et Afghans – s’étaient installées. Il y a trois ans, un plan d’évacuation a été mis en place et la plupart des réfugiés ont été relogés en région parisienne. Yasser profite de cet aire verte et d’une grande table pour nous conter son histoire personnelle, nous exposer la situation de sa région avec un plan du Soudan. Il évoque la fin du régime dictatorial d’Omar Al-Bachir, un homme d’état récemment déchu, qui fait l’objet de mandats d’arrêts par la Cour Pénale Internationale pour « crimes de guerre »« crimes contre l’humanité » et « génocide » commis dans le cadre des violences au Darfour.

« Je suis originaire d’un village soudanais qui s’appelle Makada. Cela se trouve à l’ouest du Soudan, à la frontière avec le Tchad. Ma région est connue pour avoir du bétail et de belles terres cultivables. On nous a tout pris et nous avons été déplacés. »

« Ici, j’ai appris le français, grâce à des livres et des séances de conversation. »

Après cet échange sur la réalité du Soudan, nous remontons la Rue Riquet par le pont bleu, passons devant la friche culturelle Shakirail et finissons notre balade par l’extrémité nord de la halle Pajol. Yasser nous explique, reconnaissant, que la bibliothèque Vaclav-Havel est un lieu important pour une grande partie de la communauté soudanaise. Grâce aux cours d’alphabétisation et de français donnés au sein de la bibliothèque ainsi que les aides variées des employés, c’est un haut lieu d’hospitalité et d’insertion.

Nous nous quittons sur le parvis de la Halle Pajol, conquis par cette balade immersive. Nous partons tous avec quelques clés de compréhension, des questionnements sur l’avenir du Soudan et des adresses pour manger soudanais.

A VOS AGENDAS
Les prochaines dates pour cette balade ?
Le 14 décembre 2019 et le 15 février 2020
A réserver ici.


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