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Portraits d’ici, cuisine d’ailleurs : Seunsep

31 octobre 2019

Aujourd’hui, je vous fais découvrir ma cantine préférée du passage Choiseul : « Seunsep ». C’est une chaleureuse affaire familiale, qui sert de la cuisine lao-thaïe préparée avec coeur. Voici un autre de mes « Portraits d’ici, cuisine d’ailleurs » , une série qui met en valeur des parcours de vie de migrants, mêlant intimité, culture, transmission et cuisine.

Un A-R express à Ventiane !

J’ai découvert ce fast-food lao-thaï il y a déjà plus d’un an, la semaine de l’ouverture. Attendrie par l’accueil souriant et le service rapide, charmée par les plats voyageurs et surprise par la finesse de leur mok pa du vendredi (poisson en papillotte), j’en ai rapidement fait une de mes cantines récurrentes. Seunsep – (en laotien, Seun = « Venez chez nous » Sep = Bon) peut se traduire par « Bon appétit » – séduit avec ses recettes familiales et des saveurs qui changent chaque jour. On trouvera par exemple au menu le lundi, du poulet au noix cajou, du porc basilic thaï, du poisson au gingembre ou un curry vert de légumes. Le mercredi c’est poulet frit, porc au caramel ou fruits de mer wokés.

Chez Seunsep, on a toujours une attention toute particulière pour les végétariens : du tofu aux fines herbes et sauce tamarin, salade de mangue verte, légumes au basilic thaïlandais, protéines de soja à la thaïe, riz gluant…

Lorsque le nem thadeuaou le lap sont proposés en entrées, il ne faut pas hésiter une seconde à les goûter car si vous fermez les yeux, vous pourriez facilement vous croire attablés à une gargote de rue asiatique: les goûts et textures authentiques sont bien là. Je vous conseille également de tester leurs thés fait-maison : thé rouge au gingembre ou thé à la citronnelle et pandan.

Portraits d’ici

De gauche à droite : Thip, Cédric, Chantalangsy et Tila

Seunsep a eu la gentillesse de m’ouvrir les portes de sa cuisine, l’occasion de rencontrer cette famille et de partager un bout de leur quotidien.
Tandis que le curry du jour se prépare au sous-sol, Cédric me raconte l’aventure familiale et comment sa mère laotienne est un pilier pour Seunsep. « Ma mère est laotienne, de la région de Savannaket, près de la frontière thaïlandaise. Quand la guerre a éclatée, mon frère et ma soeur étaient en bas âge et mon père travaillait au Japon. Ainsi, pour passer la frontière ma mère a fait croire aux autorités que mon frère était malade et avait besoin d’être hospitalisé. C’est comme cela qu’elle a pu sauver ses enfants et retrouver mon père dans un camp de réfugiés en Thaïlande. Discrète et battante ! Je suis fier de ma mère et de notre héritage laotien. Elle nous a tous donné la fibre de la bonne cuisine. »
Cédric apprécie travailler avec les siens et amuser la galerie lors du service. Sourires, blagues et petites attentions vont bon train envers sa clientèle d’habitués qui a l’air d’aimer cette ambiance décontractée. « Mes quatre frères et soeurs et moi-même, nous avons été éduqués à la laotienne, cela veut dire que le respect des anciens, le travail bien fait, la famille et le partage sont nos valeurs communes.  »

« La famille c’est tout pour nous, sans elle t’as rien. » 

En descendant à la cuisine, la première que je rencontre est la mère de la famille : Chantalangsy. Sur instagram, on la connait sous le nom de « Mamma Chanh » : la spécialiste des say ouas, des saucisses artisanales laotiennes et de la pâte de curry faite-maison. Chantalangsy, timide et souriante, s’affaire devant ses fourneaux pendant que je poursuis mon immersion. Cédric me précise, « au début, on souhaitait retrouver le goût épicé de la cuisine thaïlandaise et laotienne, mais on a vite compris que ce n’était pas pour tout le monde. Cela n’a pas été facile mais ma mère a réussi à conserver la subtilité des épices tout en éloignant le piment. On s’adapte mais on reste nous-même ! » 

Cuisine d’ailleurs : le Laos

La cuisine laotienne est moins réputée que les cuisines des pays voisins, pourtant elle est pleine d’atouts et de caractère. Cédric et sa soeur Thip m’expliquent que la cuisine lao est « très saine car beaucoup d’aliments sont cuits à la vapeur ou saisis sans matière grasse. On y ajoute beaucoup de légumes, d’épices, d’herbes fraîches et de piment. » Ce qui la démarque aussi c’est notamment sa grande utilisation de khao niaoriz gluant (on notera en décoration, les paniers qui rappellent cet incontournable de la culture culinaire lao) et la fameuse sauce de poisson fermenté : le padèk.

Thip, m’enseigne une spécialité de la région Isan (cuisine du Nord-Est de la Thaïlande connue pour ses plats enracinés et pimentés) le som tam : célèbre salade de papaye verte. Traditionnellement préparée dans un mortier dans lequel la papaye est réduite en fines lamelles et mélangée à du citron vert, du piment, du sucre et de la sauce de poisson fermenté, je m’attèle au dosage du piment tandis que Thip martèle. Dans la famille, Thip est considérée comme l’experte en assaisonnements et sculptures de crudités. C’est d’ailleurs elle qui prépare toutes les entrées : lap neua – tartare de boeuf -, le nem thadeuasalade lao de riz croustillant ou l’excellente som tam.

Chez Seunsep, « on a associé la cuisine thaïlandaise et laotienne car c’est ce que représente notre famille. Tila, mon beau-frère est moitié thaï et lao et c’est lui qui est à l’origine de l’aventure Seunsep. Un vrai entrepreneur, il avait déjà lancé un fast-food thaï et a su rapprocher nos deux cuisines » réplique Cédric, reconnaissant.

Pour finir, Tila m’explique comment il choisit ses mangues pour être certain d’avoir le résultat escompté dans le dessert coupable qu’est le riz gluant à la mangue. « Déjà à l’oeil, il faut que la mangue soit dodue et bombée. Il faut que tes doigts s’enfoncent et avoir la sensation qu’elle est encore souple. »

Je suis conquise par la générosité de cette famille et l’authenticité de leur accueil. Me voilà comblée de conseils pour améliorer la préparation à la maison des plats préparés ensemble. Venez, vous aussi, rencontrer cette famille, parler au comptoir à Cédric et Tila, goûter leur cuisine et échanger sur leurs recettes sans cesse à (re)découvrir.

Seunsep
46 passage Choiseul, 75002 Paris
Métro : Quatre-Septembre

Horaires ? Du lundi au vendredi de 12h à 15h
Prix ? Plat+accompagnement 9,90 € / Plat+accompagnement+boisson 11,9€
Lieu ? 2 étages « punchy » aux murs orange et piments en extra sur les tables.

1 Commentaire

  • Reply Thepsouvan 31 octobre 2019 at 11:58

    Bel article !
    Cela reflète parfaitement l’esprit de cette belle cantine aux saveurs uniques!
    Bonne continuation
    Tay

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