Balades, Épiceries

L’Iran à Paris : balade culinaire au coeur du XVème arrondissement

14 avril 2016

Aujourd’hui, faisant fi des dangers, j’ose m’aventurer rive gauche. 🙂 Direction le XVème arrondissement de Paris pour une escale gastronomique iranienne : la rue des Entrepreneurs. Cette balade est une rencontre de ceux qui font vivre cette rue et donne un aperçu de la cuisine persane.

L'Iran à Paris-amandes fraîches 2

“Tu verras, le XVème, c’est bien plus cosmopolite qu’on ne croit !”

Départ : rue des Entrepreneurs, métro Commerce (L 8)
Arrivée : les bords du Front-de-Seine, métro Charles-Michel (L 10)

Là, entre la rue Violet et la rue Lourmel, se trouve un petit quartier iranien. Une poignée de restaurants se font face tandis que trois épiceries occupent, à quelques mètres d’intervalle, le même trottoir. Au numéro 72 de la rue des Entrepreneurs, l’épicerie Bazartche, son propriétaire discret et sa jolie devanture en biais ouvrent ma balade culinaire…

Bazartche- Epicerie fine Iran Paris

“Ce n’est pas comme la cuisine indienne ? C’est épicé, je crois ?”

La cuisine iranienne

Méconnue et peu répandue en France, elle est pourtant “l’une des plus riches et vieilles cuisines du monde”. Elle est à la base des gastronomies du Moyen-Orient et a notamment influencé la cuisine indienne et turque. À la fois subtile et épicée, colorée et variée, elle étonne par son raffinement. Enrichie par la route de la soie, on retrouve dans la gastronomie persane de nombreuses épices, des herbes fraîches mais aussi le riz ; des ingrédients incontournables de la table iranienne.

Coquelet safrané
Couleurs, épices et herbes

Le safran, l’épice la plus chère du monde, est l’une des épices les plus utilisées dans la cuisine persane, ce qui donne souvent aux plats iraniens une magnifique coloration jaune-orangée. Les autres épices que l’on retrouve sont : le curcuma, la cannelle mais aussi les herbes (séchées ou fraîches) comme l’aneth, l’estragon, la coriandre… Les Iraniens consomment une importante quantité de sabzi (herbes)on le constate notamment dans les épiceries avec les sachets grands formats d’herbes séchées et les fameux koukou – galettes d’herbes.

Sabzi- herbes iraniennes

“Pour se lancer dans la cuisine iranienne, il faut du temps !”

La cuisine persane nécessite, certes, d’avoir du temps devant soi mais surtout de disposer d’ingrédients particuliers et de qualité. Que ce soit pour se ravitailler, s’initier à la cuisine iranienne ou seulement déguster des grillades, on trouve tout ce dont on a besoin rue des Entrepreneurs : épiceries fines, pâtisseries, restaurants ou cantines.

LES ÉPICIERS VOISINS 

“Sepide”
Au numéro 62 ter, on est chez Sepide, l’épicerie-pâtisserie tenue par Monsieur Mohsenzadeh. À l’entrée, diverses boîtes de mélanges de fruits secs côtoient les cartons de grenades et magnifiques boîtes colorées de biscuits et nougats. Je suis accueillie par Reza (en photo ci-après), l’adjoint du patron, avec un thé noir iranien et quelques amandes fraîches que je déguste avec du sel.

“Ici, tout le monde a eu plusieurs vies !
Quand je suis arrivé en France, j’avais 20 ans,
j’ai exercé plusieurs métiers dont marchand de tapis,
maintenant je suis chez Sepide.”

Epicerie Sepide

“Eskan”
Au numéro 62 bis de la rue des Entrepreneurs se trouve Eskan, l’épicerie voisine. Ici, on vient, entre autre, chercher son pain iranien préparé quotidiennement, acheter des boîtes de Sohan (biscuits traditionnels au safran et concassé de pistaches), des citrons séchés persans ou des sacs de riz.

ESKAN-Epicerie fine iranienneEskan- fils et père

Mahmoud, le père, tient cette épicerie depuis 1989
et son fils, Amir, l’aide depuis peu.

À l’époque, il n’y avait que le traiteur d’en face et
moi-même. Les autres ont suivi et même si cela fait de la concurrence, c’est bien pour le commerce. Si on vient dans cette rue, c’est pour y trouver des valeurs sûres
de saveurs persanes.”

Nishanta, le vendeur, m’a souhaitée la bienvenue en m’offrant des dattes iraniennes, délicieusement fondantes. Outre les dattes et nougats d’Ispahan, chez Eskan, on trouve d’autres sortes de douceurs culturelles comme des CD, des livres de cuisine, des magazines ou le journal.

Je ressors des épiceries en ayant de quoi agrémenter ma cuisine de parfums persans : un sachet de baies d’épine-vinette, des griottes pour accompagner mon riz basmati et lui donner une couleur étonnante, un mélange d’herbes pour préparer un ghormeh sabzi (le plat que tous les Iraniens adorent manger), un pot de masté e moussir (yaourt à l’ail sauvage) que je vais dévorer à l’apéro avec du noun barbari (le pain traditionnel iranien).

Riz à la griotte - Mazeh

Un bon riz à l’iranienne ?

On m’explique que le riz est incontournable de la table persane et qu’il existe beaucoup de façons de préparer le riz, chacune ayant son appellation :

  • Chelow : riz préparé à l’étuvée
  • Polow : riz préparé à l’étuvée agrémenté d’épices ou fruits
  • Kateh : l’équivalent du risotto, le riz est cuit jusqu’à ce que l’eau soit complètement absorbée
  • Damy : la chaleur est réduite avec un torchon avant l’ébullition

Mazeh devanture

Je poursuis ma balade culinaire en déjeunant chez Mazeh, “le goût”, en persan. C’est une institution, où foule d’habitués et de curieux se ruent quotidiennement pour déguster grillades et autres saveurs persanes.

C’est Sam Tavassoli, le fils de l’ancien gérant, qui choisit pour moi le menu de ma toute première virée gustative au pays des saveurs persanes. En entrée, je goûte le Kashk Bademjan, un concassé d’aubergines au lait caillé et oignons frits accompagné d’un koukou (galette de fines herbes). Puis, vient une assiette spécialement préparée pour Boui-Boui, où une brochette de coquelet macérée dans une sauce de jus de citron et safran partage l’assiette avec trois riz spéciaux : le traditionnel riz au safran, l’albalu polow (riz basmati aux griottes) et le Baghali polow (riz à l’aneth et aux fèves). Sam Tavassali- Mazeh

“Comment ai-je pu passer à côté de cette cuisine si raffinée aussi longtemps ?”

C’est une révélation gustative !
Subtile, savamment épicée, il y en a autant pour les yeux que pour les papilles, les assiettes sont divinement colorées. Les sens en éveil, je me régale et pars en voyage tant parfums et couleurs m’emmènent ailleurs.

Attablée au comptoir, je me laisse distraire par le spectacle des grillades, tout en savourant mon dough, boisson traditionnelle au lait fermenté gazeux. Tout est de qualité, ce n’est pas pour rien que ce restaurant est très fréquenté, quelque soit le jour de la semaine.

Mazeh restaurant

En sortant de chez Mazeh, pour finir la balade et digérer, direction les bords de Seine. On passe devant d’autres restaurants iraniens dont Koukou, un esprit cantine au buffet à volonté et le restaurant Cheminée tenu par la femme de l’épicier Sepide.

Les Iraniens de Paris

Pourquoi les Iraniens sont-ils rassemblés dans le XVème ?

À la fin des années 70, les tours Beaugrenelle étaient en construction et des promoteurs sont allés en Iran, vendre ces appartements. Des Iraniens achetèrent ces pieds à terre à Paris. Quand, en 1979, la révolution islamique éclata, les appartements se sont transformés en résidences principales. Ce nouveau quartier chic est devenu le point de chute de la bourgeoisie iranienne, désormais exilée. Mazeh fut le premier traiteur iranien à ouvrir à quelques pas des tours Beaugrenelle, au 65 rue des Entrepreneurs. De nos jours, les Iraniens sont installés un peu partout dans Paris et l’Île-de-France mais ils continuent de s’approvisionner rue des Entrepreneurs et viennent déguster en famille les saveurs persanes au restaurant.

Tours quartier Beaugrenelle

Tours beaugrenelle

Notre balade iranienne à Paris s’achève près des tours Beaugrenelle, à deux pas du métro Charles-Michel. Pour ceux qui souhaitent avoir une jolie vue sur les grattes-ciel parisiens et continuer à marcher, je vous conseille d’emprunter le pont de Grenelle pour rejoindre la paisible promenade de l’Allée des Cygnes.


Pour aller plus loin ?
L’Office du tourisme d’Iran à Paris- culture et gastronomie

Suggestions de lieux où trouver un bout d’Iran, ailleurs que dans le XVème ? 

  • Le Centre Culturel Pouya, salon de thé iranien où il fait bon se poser sur les coussins brodés
    48 Quai de Jemmapes, 75010 Paris. Ouvert tous les jours de 10h à 22h.
  • Utopiran Naakojaa, librairie iranienne indépendante avec de nombreux ouvrages en perse.
    89/91 rue du Ruisseau, 75018 Paris. Ouvert tous les jours de 11h à 19h.

Suggestions de lectures :

  • Persiana, “Recettes parfumées des confins de l’Orient”, de Sabrina GHAYOUR, coup de coeur pour ce bouquin édité en français chez Hachette Pratique cuisine (sortie prévue le 20 avril 2016).
  • Poulet aux prunes, de Marjane Satrapi, éd l’Association.
  • Je vous écris de Téhéran, de Delphine MINOUI, depuis mars 2016, en poche chez Points.

 

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2 Commentaires

  • Reply Isidore 11 mai 2016 at 11:45

    Beau reportage sur un autre monde de Paris, méconnu et discret où les pratiques culturelles des exilés s’agrégent pour fonder un morceau de vie perse sur les rives de La Seine.

    • Reply Chloé 11 mai 2016 at 18:04

      Merci Isidore pour votre retour et compliment sur la « Balade iranienne à Paris ». Je pense organiser aux beaux jours un pique-nique sur les rives de la Seine, alors à bientôt !

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